
| La Davis Opéra dans le paysage, ou une Davis dans la cour des grands.
La Davis Opéra est née de l'envie de donner une descendance à la célèbre Davis Galaxie. L'idée de garder la même caisse a laissé place à la nécessité d'un coffret plus rigide et au volume interne plus important, et après quelques mois de mise au point, Mrs Visan père et fils sont venus me présenter leur résultat.
Dont je vais vous parler maintenant.
Avant de lire ce qui suit, vous devez prendre en considération les points suivants. La Davis Opéra, résultat d'une demande spécifique d'Hifissimo à Davis Acoustics, est influencée par mon propre goût. Si je l'ai acceptée, c'est parce qu'elle se rapproche de ce que je voulais entendre à ce prix. Pour cette raison, vous ne la trouverez que chez Hifissimo. Et vous devrez garder ces raisons à l'esprit lorsque vous lirez ce compte rendu.
L'écoute se fait sur le couple Myryad Z110/Z140. Une électronique précise et rapide qui est rarement mise à défaut, car la capacité en courant de l'ampli permet d'alimenter, souvent à ma grande surprise, même de grosses enceintes compliquées et à faible rendement. Qui peut le plus peut le moins, et le test commence.
J'ai mis en concurrence des colonnes. Pas toutes, mais celles dont je disposais au moment du test. Comme souvent, il manque quelques modèles dont la comparaison aurait été très intéressante, mais j'ai abandonné depuis longtemps l'idée de réunir un choix exhaustif pour faire mes tests, car à trop vouloir bien faire, on fini par ne rien faire du tout.
Je ne fais pas beaucoup de tests comparant des enceintes. La raison est que dans la qualité d'un produit, interviennent deux composantes : la qualité objective, et la qualité subjective.
La qualité objective, c'est celle que tout le monde peut constater à condition de savoir écouter, de savoir décrire ce qu'on entend, et d'avoir des repères nombreux qu'on appelle aussi l'expérience. La qualité objective n'est pas trop sujette à discussion. Une enceinte qui parle du nez est une enceinte qui parle du nez pour tous les auditeurs, et une enceinte dont le grave a un son de tonneau aura un son de tonneau pour tout le monde, à condition que "tout le monde" sache identifier, reconnaître et nommer un son de tonneau.
A l'inverse, la qualité subjective est l'affaire de chacun. C'est ce qu'on appelle le goût. J'aime qu'une enceinte soit neutre et mon voisin l'aime colorée. Vous aimez qu'une enceinte soit très analytique et d'autre l'aimeront très ronde et feutrée. Et si je reprends l'exemple plus haut, je peux vous assurer qu'il y a hélas pas mal d'enceintes qui parlent du nez, et des tas de gens qui les adorent, bien que ce soit objectivement un défaut (la raison est que ces personnes n'ont pas l'éducation à la reproduction sonore assez formée pour déceler ce défaut, qui leur est masqué par l'image globale de l'enceinte, réputation de la marque et prix du modèle compris)
Avec son lot de qualités objectives et subjectives, le test d'une enceinte, pour quelqu'un comme moi qui considère qu'un test n'est jamais totalement complet si on ne désigne pas un gagnant et un perdant, ce n'est pas si facile. D'ailleurs ce test ne fait pas exception, il m'a laissé une légère frustration dans la bouche, car je n'ai pas pu désigner de gagnant. Ni de perdant. Il faut dire aussi que les enceintes de cette écoute sont toutes de bonnes enceintes. Ca rend la recherche des défauts plus difficile… En tous cas, j'ai réuni ici de quoi vous parler de la Davis Opéra, et de quelques autres que vous connaissez peut être mal. Je souhaite que ce test vous soit utile dans vos recherches.
Les enceintes que j'ai mises dos à dos sont la B&W DM604, la B&W 704, la Jean Marie Reynaud Cantabile Signature, la Davis Opéra, et Triangle Antal ESW. Pour vous éviter de chercher, elles valent respectivement 725€, 1100€, 1050€, 700€ et 700€. Quand on raisonne à la paire, et pire encore si on raisonne ensemble Home Cinéma, l'écart devient assez important pour que tout le monde n'ai pas envie de passer de 1400€ à 2200€ la paire d'enceinte, et les deux groupes sont ici comparés pour reproduire la perspective.
Filippa Giordano
Le grave est bien détaché en dessous du reste du morceau, avec cependant un léger manque de fermeté, qui le fait flotter un peu, par moment, et rend la note indécise, un peu floue. La voix de Filippa est assez belle, et les choeurs ont une belle douceur. Ils se placent bien en arrière plan de la voix principale, avec sobriété et style. Si je devais faire un petit reproche, ce serait un léger manque d'ampleur dans la voix, qui ne s'élève pas dans l'espace comme cet enregistrement permet de le faire dans les conditions optimum.
La voix est timbrée comme sur la DM604, mais le grave est plus profond et plus ferme, tandis que tout de suite la voix s'élève et devient plus légère, plus cristalline, et plane plus sur la pièce devant moi et sur les cotés. Les choeurs, c'est un vrai velours, quel soyeux, et c'est très beau, très aérien, superbe. Globalement la voix de F.G prend plus de place sur l'horizon et la scène sonore est élargie dans les deux dimensions. Le haut médium est plus fourni, plus généreux en informations.
Quel beau grave ! Une écoute soyeuse et très douce, avec un équilibre assez différent de celui choisi par B&W et leur 704, (et qui montre que le jour ou les acousticiens entendront tous la réalité de la même façon, ils la reproduiront de la même façon, les enceintes sonneront toutes pareil ou presque, et ce sera fort ennuyeux !) La voix est plus claire, et plus aérienne encore, tandis que le bas médium est plus transparent et reproduit des micros information, des petits souffles, des prises de respiration, que je n'entendais pas sur la 704. On aime ou on n'aime pas. L'ouverture sonore horizontale est très belle, et elle agrandit la position de la voix par rapport aux 704, ce qui, selon les goûts de chacun, pourra paraître meilleur car plus charnu… ou moins bon car grossissant ! Et puis personne n'était dans la salle pour savoir ce que l'ingénieur du son a voulu faire !
Le rendement est plus élevé que sur les modèles que je viens d'écouter, ce qui la rendra très facile à marier avec un petit ampli modeste, un gros avantage. En revanche ça m'oblige à faire une gymnastique rotative avec le bouton de volume chaque fois que je veux passer rapidement d'un modèle à l'autre pour faire un comparatif équitable.
Belle surprise que cette nouvelle Antal, surtout après la si bizarre Antal ES, un peu ratée à mon avis et heureusement vite remplacée. La lignée des Antal est un peu critiquée au profit de la grande soeur immédiate, jugée beaucoup plus riche, et de la petite soeur, jugée souvent plus fine. Le grave, là encore, est en avant sur celui de l'Opéra, et elle est, dans l'absolu, plus vivante que cette dernière. Le médium, en revanche, est beaucoup moins fourni, beaucoup moins généreux que celui de l'Opéra qui, je m'en rends compte là maintenant, est absolument magique. Bref, le médium de l'Antal est un peu creux comparé à celui de l'Opéra, mais il se compare assez bien à celui de la DM604, en qualité et quantité, avec une différence de style qui finalement …n'est pas si différente que ça ! Mais rien à voir avec l'Opéra.
Ma conclusion sur ce morceau. D'un coté, j'ai trois enceintes qui brillent par la richesse de leur médium et par leur ouverture sonore, l'ampleur des instruments, et surtout l'émotion musicale qu'elles procurent. C'est la B&W 704, la JM Reynaud Cantabile Signature, et la Davis Opéra. De l'autre, j'ai deux enceintes au médium plus pauvre – comparé aux trois enceintes précédentes – ou la voix de Filippa Giordano est un peu isolée, un peu seule au milieu des choeurs et des instruments, c'est la DM604 et l'Antal ESW.
Francis Cabrel Sarbacane.
La ligne de basse est très musclée ! La grosse caisse est un peu chevauchée par la basse par moment, et le tout remonte un poil, mais si on ne regarde pas à la loupe, c'est assez rythmé, et on est emporté par le morceau – et ça c'est très important pour moi. La voix de Cabrel manque d'aise, elle est un peu courte et un peu à l'étroit, car je ressens comme un petit creux dans le bas médium là ou elle pourrait être plus charnue. L'aigu est sans histoire. Pas baveux, pas agressif, pas étouffé. Une reproduction un poil poussée dans le grave, un poil creusée dans le bas médium et fine dans l'aigu, voilà le résultat.
Le grave est beaucoup plus propre, tout de suite, et du coup il est plus ferme et plus présent encore, mais sans jamais remonter en rouleau sur lui-même comme avec la DM604. Ah c'est pas mal ! En revanche, la voix est en retrait, et elle manque un rien de présence, je pourrais presque dire qu'elle est un peu pincée, et elle laisse la dominante aux guitares, certes très travaillées, très détaillées, mais qui ne devraient pas être là. En échange, l'enceinte est bien charpentée vers le bas et tout gagne en ampleur. L'ensemble s'est élargi par rapport à la DM604 (il manquerait plus que ça me diront certains), surtout coté instruments, moins coté voix.
Là ce sont les guitares dont la beauté du timbre ressort immédiatement par rapport à la 704. La voix est aussi plus chaleureuse, et le grave plus réaliste encore. La voix elle-même tient plus longtemps, reste plus longtemps suspendue dans l'espace, et elle me paraît plus juste que sur la 704. Sur cette dernière, la voix de Cabrel semble venir du milieu d'une pièce dont je me tiendrais juste derrière l'ouverture de la porte, tandis qu'avec
Le déficit du grave est plus marqué, car il masque un peu la batterie sous la basse. En revanche l'élargissement de la scène sonore, là encore, fait des miracles et me laisse une grosse impression. A coté d'elle, la JM Reynaud semble rétrécir, et son champ d'action s'échappe beaucoup plus des limites situées entre les enceintes que la Cantabile Signature ou la 704. Le choix de Davis dans le médium fait que la voix de Cabrel est différente de la JM Reynaud. L'extrémité de l'aigu est un peu moins défini que sur la JMR, une perle en la matière, mais le grain de la voix est plus naturel, il a plus de chair avec l'Opéra, et il est plus posé aussi. L'aigu n'est pas non plus en reste, il est un peu plus clair que la Cantabile Signature, sans jamais montrer d'acidité.
Belle ligne de basse là encore ! Profonde, ferme, une des meilleure, sur ce morceau. L'aigu, ce qu'on reprochait aux Triangle il y a encore 5/6 ans, est totalement contenu, jamais montant, jamais agressif, jamais scintillant, mais il est très fourni en détail. D'ailleurs, avec son surplus de détails, son grave ferme mais moins en avant, et son médium moins coloré que sur la DM604, le morceau est plus précis et donc plus réaliste à l'écoute que sur la "petite" B&W. Ceci étant, ces deux enceintes se comparent bien à arme égale… et philosophie différente. Quand je pense que Triangle, dans leur modestie de petite marque qui monte qui monte, ne se rend même pas compte qu'ils se sont hissés au rang d'une grande et belle marque comme B&W !) Rien que la voix de Cabrel, traitée à des hauteurs différentes, laisse une impression de différents choix, à des niveaux de qualité voisine. Quand on passe de la Triangle à la B&W, et qu'on se concentre sur la voix de Francis Cabrel, c'est comme si l'ingénieur du son avait modifié ses boutons de réglages de tonalité ! Mais il faut rappeler que le médium de l'Opéra les met toutes les deux d'accord, en venant flirter, tandis qu'elle est au prix de l'Antal et de la DM604, avec le niveau de qualité de la 704 et de la Cantabile Signature. Un petit aller retour d'écoute rapide m'en convainc facilement.
Le Stabat Mater de Christopher Hokwood. Pergolese.
C'est un poil contenu, et les différentes voix ne s'échappent pas dans l'espace - comme ce sera le cas plus tard avec la 704 : avec légèreté et beaucoup de corps. C'est un peu plat quoi.
Beaucoup d'instruments apparaissent qui étaient inexistants avec la DM604. La différence n'a jamais été aussi importante entre ces deux enceintes qu'avec ce morceau là. Les voix sont en velours. En douceur, elles montent dans la pièce et c'est très beau, j'en ai presque des frissons par moment, tandis que la contrebasse se détache clairement en bas, produisant un morceau riche et plein de matière.
On est proche de la beauté des 704, avec, là encore, des choix bien différents, qui vont retirer ici de la présence, et ajouter là de l'ampleur sur une voix. Dans l'ensemble, une impression légèrement plus linéaire se détache de cette écoute, sans que l'émotion musicale n'en soit meilleure autant.
Grande grande ouverture ! Beaucoup de présence dans le bas médium. Une voix, des voix, qui naviguent dans l'espace avec beaucoup d'émotion, beaucoup de présence, alors que l'aigu est moins transparent que sur
A part le grave, c'est partout un cran en dessous de l'Opéra. C'est un peu plus pauvre, un plus étroit que la Davis, avec une voix principale un peu projetée, qui laisse les autres voix un peu derrière.
Voilà, j'ai terminé de recopier ce test et vous l'avez lu (à moins que vous ayez directement sauté à la fin pour lire ma conclusion avant le reste) Jean-Patrick Grumberg, Hifissimo |
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