Les tests d'Hifissimo

TAC Amplificateurs à lampes TAC34 et TAC88

Mis en ligne le 20/08/2009

Présentation

Nous avons écouté deux modèles d'amplificateurs à lampes TAC, marque co-distribuée avec la marque Vincent.

Le TAC 34, premier modèle de la gamme, est basé sur un push-pull de lampes EL34 par canal, et développe 2 x 50 Watts (sous 4 ou 8 ohms).

Le TAC 88 est le deuxième modèle de la gamme, basé sur un push-pull de lampes KT88 par canal et développe 2 x 55 Watts (sous 4 ou 8 ohms).

Pour les tester, ces amplificateurs ont été raccordés aux CM7 de la marque Bowers & Wilkins, enceinte que l'on ne présente plus. C'est l'un des best sellers de la marque. Sa capacité à reproduire un son très vivant grâce à son médium de toute beauté, la finesse de son aigu et sa restitution globalement neutre de part l'absence de colorations notables, en font une enceinte très polyvalente, à l'aise sur tous les styles de musique. Et depuis qu'elles sont disponibles dans une superbe finition laquée noire, on se les arrache. Revers de la médaille, le délai qui peut être nécessaire pour les obtenir dans cette finition.

Ne vous y trompez pas, la CM7 est une enceinte relativement facile à marier du fait de sa neutralité, mais il lui faut quand même un amplificateur disposant d'une bonne réserve de puissance. Le choix de l'amplificateur donnera plus ou moins de personnalité à l'écoute, en fonction de sa propre sonorité.
Dans une moindre mesure le câble d'enceintes que vous utiliserez influera également sur le résultat final.

T.A.C. : Tube Amp Company

La mécanique et le design de haute qualité sont identiques pour les 3 amplificateurs TAC34, TAC88 et TAC834.
TAC a porté tous ses efforts sur la qualité des transformateurs (aussi bien d'alimentation que de sortie) ainsi que sur les composants passifs. Tout est donc basé sur la qualité d'écoute, raison pour laquelle il n'y a ni télécommande, ni superflu en matière de design.
TAC : des produits simples et fiables où tout est basé sur la musicalité et le rapport qualité/prix.

Le double enroulement secondaire du transformateur de sortie permet de disposer de la pleine puissance de l'amplificateur, que les enceintes aient une impédance de 4 ou de 8 ohms.

FAQ amplis à lampe

  1. Pourquoi des lampes ?
    Les amplis à lampe sont réputés pour la qualité des timbres, le côté chaleureux et vivant de la restitution, qualités difficilement trouvables sur un amplificateur à transistors, à moins d'aller dans le très haut de gamme.
  2. Quelle est la différence entre les deux types de lampes EL34 et KT88 ?
    Au delà de l'aspect technique, les EL34 sont généralement réputées pour leur médium chantant et riche, les KT88, plus puissantes, pour leur grande linéarité, leur dynamique, et leur grave profond.
  3. Configurations d'amplificateurs :
    • Push-Pull : 2 lampes de puissance par canal, 1 pour les variations positives du signal, l'autre pour les variations négatives.
      - Avantage : bonne puissance
      - Inconvénient : possibilité d'une distorsion de croisement entre les deux lampes du Push Pull.
    • Single Ended : 1 seule lampe de puissance par canal.
      - Avantage : pas de distorsion de croisement, très grande fidélité
      - Inconvénient : puissance plus faible qu'un circuit push-pull
  4. Précautions d'usage :
    Nécessité d'un temps de chauffe, ne pas l'allumer sans enceintes raccordées, ne pas l'éteindre et le rallumer aussitôt, ne pas le déplacer lorsque les lampes sont chaudes.
  5. Idées reçues :
    1. Fragilité et fiabilité :
      Non un ampli à lampes n'est pas plus fragile qu'un amplificateur classique à transistors, c'est même le contraire ! Son schéma est généralement plus simple et il comporte donc moins de composants. Si vous respectez les précautions d'usage dont je faisais mention ci-dessus, un bon amplificateur à lampes vous procurera des centaines voire des milliers d'heures de plaisir musical !
    2. Le son "lampes" : joli mais un peu mou, coloré, voire caricatural.
      Pas ici en tout cas. La qualité des ces amplificateurs et la bonne association entre amplificateur et enceintes font des merveilles !

Pourquoi alors vous parler d'une marque d'amplificateurs plutôt qu'une autre ? Parce que chez Hifissimo, à commencer par Hervé Dupeyrat du magasin d'Asnières, nous avons eu un énorme coup de coeur pour l'association avec les amplis à lampe TAC.

Pour ces écoutes j'étais accompagné de Richard Delville, notre responsable achat, que certains d'entre vous ont peut-être connu lorsqu'il tenait le magasin de Franconville.

La source !

Et oui la source ! C'est le fameux lecteur CD/SACD SONY de la gamme QS, le SCD-XB790. Sa sonorité est détaillée, vivante et ample, mais sans colorations. Dommage qu'il n'y ait plus de modèles équivalents chez Sony à l'heure actuelle. Sur le plan de l'ergonomie c'est l'un des tous meilleurs lecteurs que l'on ait pu rencontrer. L'affichage du CD-Text, indispensable, la molette de sélection des pistes en façade, sa télécommande très complète, ses temps de chargement et d'accès très courts.

Premières écoutes : TAC34

Notre premier CD de test est la bande originale du film "Virgin Suicides" par le groupe AIR.
Nous adorons tous deux ce disque tant pour son univers psychédélique et planant que pour ses qualités musicales et sonores. D'ailleurs, je pense qu'il est juste de dire que le film doit autant au talent du groupe AIR, qu'à celui de Sofia Coppola et des acteurs !

#1 : Playground Love : Dès les premières secondes, le ton est donné, le tempo donné par baguettes est saisissant, c'est Richard qui s'amuse avec ses baguettes dans mon dos ? Non, il s'agit bien du CD. Les violons nous enveloppent dans une scène sonore ample et chaleureuse. Les voix se détachent avec fluidité, les sifflantes ne sont pas agressives. La basse ronronne sans excès, avec articulation. La batterie rejaillit de réalisme et de nuances. Quelle musicalité, quel naturel ! C'est une claque ! Le saxophone est d'un réalisme suprenant !

#4 : Cemetary Party : On retrouve ici la qualité des timbres, la séparation des instruments, les qualités de l'image stéréophonique.
Seule la dynamique semble légèrement en retrait, l'impact de la grosse caisse (à l'unisson avec la basse synthé) se tasse un peu à notre volume d'écoute (Un peu plus élevé qu'une écoute normale). Loin d'être rédhibitoire, cet aspect nous rappelle que le TAC34 n'est que le premier modèle de la gamme, et que les CM7 sont quand même des enceintes gourmandes qui auraient sans doute besoin d'un peu plus de courant pour nous donner le meilleur ! Au vu des différences entre EL34 et KT88, je me dis que le passage au TAC88 devrait être totalement bénéfique sur le plan de la dynamique et de l'impact dans le grave notamment.

TAC88 : Oui !

Nous revenons sur le morceau précédent et... on y est ! On monte d'un cran !
Les timbres sont toujours aussi beaux, l'aigu notamment est toujours aussi naturel, chantant, sans agressivité.
On note tous les deux que le registre médium est un petit peu en retrait par rapport au TAC34, sans que cela soit très marqué pour autant.
Par contre la scène sonore gagne en largeur et en hauteur. Et surtout on retrouve la grande qualité des KT88, à savoir la dynamique ferme et impeccable qui ajoute presque une dimension supplémentaire à l'espace sonore. A notre volume d'écoute, la dynamique reste étendue, et ne se tasse plus. On sent bien que le TAC 88 en a encore sous le pied, là ou le TAC 34 montrait ses limites avec les CM7.
Le TAC88 semble bien être un amplificateur particulièrement adapté aux CM7, et en terme de budget il se veut également plus cohérent dans cette configuration que le TAC34.

Poursuivons les écoutes avec le TAC88 :

#5 : Dark messages : Le vibraphone et ses timbres envoûtants remplissent l'espace sonore avec beaucoup de matière, sans que l'effet tournoyant ou les dissonances de la partition deviennent agressifs. La scène sonore est large et nous enveloppe complètement. Ce morceau difficile pour les ensembles approximatifs passe ici avec facilité et générosité ! C'est un grand plaisir !

#6 : The word 'Hurricane' : Les voix ethérées nous font frissoner. La rage de ce morceau et son énergie passent avec facilité, sans confusion. La beauté et la précision des timbres sont remarquables une fois de plus. La séparation des instruments est évidente, le riff de basse s'articule avec aisance sous la nappe de l'orgue qui s'étale dans la largeur de la scène sonore ! Nous avons bien là une véritable scène sonore en 3 dimensions. Impressionnant ! Encore une claque ! Vivement que le film ressorte en Blu-ray, qu'on puisse le revoir dans cette configuration HiFi !

#8 : Highschool Lover : Ce morceau reprend le thème principal du film, ici en introduction via le piano et la guitare sèche. On retrouve là encore cette grande qualité des timbres, à travers la sonorité typique et fidèle du piano droit, sa résonnance et les vibrations de son mécanisme. On note également le ciselé des quelques accords de guitare qui s'y superposent.

#9 : Afternoon Sister : C'est là un orgue magistral que nous découvrons ! Sa spatialisation est remarquable, son médium aigu est encore une fois superbe de naturel et de fluidité, son grave est ample et généreux, sans excès ou trainage.

#10 : Ghost Song : Sur ce morceau, à l'ambiance un peu plus sombre, se mélangent orgue, synthés, guitares saturées, avec cette remarquable lisibilité et l'absence d'agressivité. Facile pour le TAC !

Changeons de CD, passons à un morceau de test habituel chez Hifissimo:

Francis Cabrel, 'Sarbacane' : Nous redécouvrons ce morceau que nous pensions bien connaître !
La charley est très fine, ciselée, sans agressivité, toutes ses nuances ressortent ! Mais qui est donc ce batteur au jeu efficace et très aérien à la fois ? On dirait bien... Oui, après vérification, c'est bien lui : Manu Katché !
La grosse caisse, en plus de son impact dynamique habituel, se trouve là un timbre net qui, sur bien des systèmes, se noie dans le boom boom d'un grave approximatif. La basse de Bernard Paganotti profite également de cette qualité d'articulation; malgré son grain épais et sa rondeur, elle retrouve là une définition, un corps et une attaques appréciables. (C'est un bassiste qui vous parle !)
Quand à la spatialisation, elle se veut toujours aussi large et surprenante. La voix de Cabrel, légèrement sous-mixée sur ce titre, se place sans problème.
Sarbacane n'est pas un morceau facile pour les systèmes audio, mais le TAC88 associé aux CM7 s'en sort haut la main.

Restons chez Cabrel, avec un morceau tiré de l'album Samedi Soir Sur La Terre, l'un de ses chefs d'oeuvre selon moi :
'La Corrida' : Ici, la voix est mixée plus en avant que sur Sarbacane, avec des sifflantes plus marquées. Ces sifflantes souvent agressives et fatiguantes sur d'autres systèmes, n'ont ici pas ces défauts, c'est une excellente surprise.
Le triangle, instrument habituellement assez anecdotique, retrouve ici une définition exemplaire et l'on se prend à aller capturer sans mal et avec plaisir la foison de détails sonores, à écouter chaque instrument avec bonheur, tant ils se détachent les uns des autres avec une grande facilité.

Toujours sur le même album, passons au morceau suivant :
'Assis sur le rebord du monde' : Là encore on se prend à écouter chaque instrument, plus particulièrement les guitares, ciselées au possible. L'impact dynamique général est remarquable, les nuances du jeu de Manu Katché nous émerveillent une fois encore.

Et si on se faisait un petit SACD ?

Diana Krall, The Girl In The Other Room
#3 : 'Temptation' : C'est la spatialisation qui nous marque en premier Richard et moi.
La voix de Diana Krall est remarquablement placée, avec son velouté habituel mais également avec beaucoup de nuances, dont on se régale une fois de plus à cerner tous les détails.
Côté batterie, c'est l'impact des balais sur la caisse claire qui nous surprend, avec là encore un florilège de nuances.
Comme sur la BO de Virgin Suicides, l'orgue Hammond se veut soyeux et nous porte.

Et si on passait sur la couche CD, juste pour comparer ?
L'écoute est un peu plus grossière, plus compacte également, non pas que ca soit mauvais pour autant, mais la différence est sensible. Beaucoup de micro détails et de nuances disparaissent, le timbre de la voix est moins riche, plus caricatural.

Conclusion :

Le TAC34 nous a étonné par la qualité de ses timbres et son côté vivant. Cependant et comme nous l'avons constaté lors de ces écoutes, il ne conviendra pas à des enceintes qui demandent un certain courant pour bien s'exprimer. Ne lui demandons pas plus que ce qu'il peut donner, en gardant cela à l'esprit, il fera merveille avec des enceintes bibliothèques ou des petites colonnes ayant un bon rendement.

Le TAC88 nous a fait passé un grand moment de musique. Subjectivement, nous avons été charmés par le côté chaleureux et plaisant du son des lampes, par la beauté et le réalisme des timbres, comme lors de l'écoute du TAC34. Mais là nous avons trouvé et apprécié de remarquables qualités objectives : dynamique, spatialisation, richesse des sonorités, séparation des registres. Une écoute très vivante, riche et fluide à la fois, sans artifice de coloration qui commencerait par nous charmer en flattant tel ou tel registre, pour finir par nous fatiguer par excès !

Richard et moi nous sommes posés la question de savoir comment sonnerait cet ensemble avec un lecteur CD ou CD/SACD à plus de 1500€. Vu les grandes qualités obtenues avec le SCD-XB790 qui n'est qu'un "petit" lecteur à 500€, on se dit qu'il doit y avoir moyen d'aller plus loin encore.
Vincent CD-S6 MK, Yamaha CD-S2000, Arcam CD-37... Autant de pistes possibles, à suivre...

Concernant les câbles d'enceintes, nous avons noté à l'écoute une différence subtile mais intéressante entre l'Ecossse ES2.3, un câble de section 3mm² pur cuivre et le câble Oehlbach 1085 avec brins mélangés cuivre et argent. L'Ecosse "amène" beaucoup de matière et de corps à la restitution, avec aération mais en douceur, sans excès. Le Oehlbach 1085 "ouvre" un peu plus le spectre sonore aux extrémités, on gagne en infra-graves et en aigus donc en aération, mais au risque d'agressivité sur certains enregistrements. Clairement il n'y a pas de mauvaix choix ici, c'est affaire de goûts avant tout, à chacun ses préférences. (Richard préfère l'Ecosse, je préfère l'Oehlbach !)

Voir la page des amplificateurs TAC

Philippe Canat, Hifissimo

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